le journal idéal

 Faber
Lundi 8 Janvier 2007

[Ignorer]
Il serait beau, avec une vraie recherche de formes et de couleurs et des images de bons photographes ayant une démarche artistique. Il serait polémique, une écriture totalement libre politiquement incorrecte, comme des caricatures! Les nouvelles seraient des dépêches du monde entier, sans moralisation ou décryptage savant. Il aurait des écrivains ayant une plume, un vrai style, tout comme aux usa les cinéastes et grands acteurs peuvent créer des séries Il serait surprenant comme une revue surréaliste. On peut toujours rêver!.
 Thomas Zlowodzki
Mardi 16 Janvier 2007

[Ignorer]
Faber,

Je dois te dire que j'ai fait un peu le même rêve. Pour que cela arrive, il faut encore que de nouveaux titres puissent émerger. Et le système français actuelle pérénise les titres en place au lieu d'encourager les créations.

Nous sommes d'ailleurs en train de finaliser nos propositions en la matière, que nous divulguerons prochainement sur le site

à très bientôt

Thomas Zlowodzki
Président d'AQIT
 Nicolas
Mardi 16 Janvier 2007

[Ignorer]
Le decryptage savant c'est plutôt bien... à condition qu'il soit pas signé BHL ou Alain Minc (parce que là c'est plus savant!).
 Faber
Jeudi 15 Février 2007

[Ignorer]
Nicolas, cela veut dire : n'est plus savant? ou est plus savant? Dans la presse, on peut encore dérouler un raisonnement, apporter des nuances et des corrections. Certaines radios laissent aux spécialistes et à leurs contradicteurs le temps de s'exprimer. Ex. significatif . Arte,13/2/2007, 21h25 émission sur la génétique, Daniel Leconte(?): Reportages sur les jumeaux, rien de nouveau depuis ce qu'on sait depuis 30 ans. Puis deux spécialistes de la recherche. On les coupe au milieu d'une phrase. Vite, vite, et le journaliste veut leur montrer qu'il a tout compris, aussi bien qu'eux. Conclusion de ce déploiement d'énergie, grâce à la tenacité de l'un des chercheurs. Pas de gène déclenchant à lui tout seul la maladie, mais des gènes favorisant plus ou moins les maladies. Et voilà. Nous avons dépensé du temps de notre précieuse vie et de l'argent dans le vide des images (sans le plaisir esthétique et sensible que celles-ci peuvent nous donner) . Mais le narcissisme du journaliste a été satisfait.
 Nicolas
Dimanche 18 Février 2007

[Ignorer]
Je faisais la distinction entre le discours du savant, de l'expert et celui du spécialiste autoproclamé. Et je vous rejoins complètement Faber.

Je pense en effet qu'il faut sérieusement questionner la possibilité de déploiement de la parole du savant, du chercheur, de l'expert dans l'espace médiatique et ne pas la découper, la réduire à 30 secondes, voire l'organiser autour de la parole d'un spécialiste auto-proclamé comme peut l’être un BHL. En effet : certains programmes organisent des débats avec plusieurs universitaires et un BHL et que voit-on? Que l'émission s'organise autour de la parole de l'essayiste-nouveau philosophe, alors qu'il connaît le sujet dont il parle depuis quelques mois, versus des années d'expertise chez les autres invités.

A ce propos un ouvrage intéressant est paru récemment : 'Les intellectuels de medias en France', David Buxton et Francis James, (dir.) L’Harmattan, Ina, 2006
Pour les auteurs les intellectuels de médias sont ces fameux bons clients médiatiques;

Voici une courte recension que j'ai écrite sur ce livre. Peut-être donnera-t-elle envie à certains d'en savoir davantage...

Cet ouvrage est le fruit d’une journée d’étude organisée le 18 juin 2003 à l’université de Paris-X Nanterre avec le concours de l’inathèque de France. Une approche multiforme, à la fois historique, sociologique et discursive des intellectuels de médias y est présentée. De BHL à Tapie, du tournant de l’Express en 1964 à l’affaire des nouveaux réactionnaires, de la figure historique de Foucault à Minc, un ensemble d’analyses se côtoient ici. Elles permettent de mieux saisir la manière dont les grands penseurs, notamment les philosophes, se sont trouvés exposés, depuis une cinquantaine d’années, à une série de transformations qui sont intervenues à la fois dans le champ universitaire, intellectuel et médiatique : l’une des plus évidentes étant l’apparition d’un style d’intellectuels accessibles à un large public, le mouvement des nouveaux philosophes apparaissant comme le phénomène le plus marquant de cette tendance.
« Au langage froid et technique de l'expert, se substitue un style emphatique et châtié. D’Ormesson, Finkielkraut, ou encore Lévy usent à l'excès de ce style qui s'accompagne souvent, d'ailleurs, de gestes corporels (…) longues allitérations enflammées, variations des tonalités vocales, doigt pointé à la Malraux, la posture d'attente consiste en maintenir son menton avec l'index, le jeu subtil du maniement des lunettes avec l’une des branches. » Cette description anecdotique illustre bien la tonalité générale de l’ouvrage : parfois virulent et fourmillant d’analyses descriptives s’ancrant dans notre réalité médiatique. Au fil de la lecture, on observe ainsi BHL, préférant substituer la proximité et l’investissement physique à la connaissance technique distante, on accompagne J.-J. Servan-Schreiber et F. Giroud à l’Express, notamment lorsque cette dernière impose en 1964 une technique d’écriture se centrant sur les effets communicationnels au détriment de la rigueur argumentative, avant de décrypter le parcours et la pensée d’A. Minc grâce à l’analyse de ses écrits contradictoires.
A l’issue de cette lecture, on ne peut être que convaincu par D. Buxton déclarant : « les intellectuels de médias ont abandonné la prérogative critique » et plus loin que « l’intégration au marché n'intervient plus après coup (…) mais dès la conception du produit tout entier tourné vers le marché », ou par F. James expliquant que la figure de l’intellectuel spécifique, initiée par Foucault a disparue pour être remplacée par les intellectuels de médias dont la prétention est de s’exprimer de la façon la plus conforme aux attentes des journalistes sur les sujets en vogue, en remplaçant la critique des pouvoirs par la morale, comme le rappelle, par ailleurs, P. Riutort en conclusion de son article.
On en sort plus lucide et conscient qu’il se joue sur ces terrains-là bien davantage que la négation de la pensée savante : en effet, l’éclairage apporté sur la manière dont l’expertise concernant le monde social, culturel et politique à fortement tendance à être (mal)traitée dans les médias pointe la problématique de la qualité du débat démocratique. Cette situation est-elle inéluctable ? Pour le savoir les réflexions ouvertes par cet ouvrage méritent d’être poursuivies : elles pourraient consister, par exemple, questionner les possibilités du déploiement de la parole des chercheurs dans le champ médiatique.

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