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Polka magazine, la réalité révéléeLe nouveau magazine de photojournalisme lancé par Alain Genestar rencontre un succès inattendu. Une leçon pour les journaux en crise ?Joëlle Pressnitzer
Jeudi 27 Novembre 2008
C’est beau. Véritablement beau. A chaque page tournée ce même constat, irrésistible.
Né avec le printemps 2008, Polka Magazine est un magazine de photojournalisme s’affranchissant des contraintes d’espace puisqu’il ouvre en grand ces 108 pages à des photographes internationaux de talent, présents et à(venir). En un mois, le 1er numéro disponible sur commande à 3000 exemplaires était déjà en rupture de stock… Distribué en kiosque, dans les Maisons de la presse, les Relay et les points de vente spécialisés, il tire désormais à 75 000 exemplaires. Pourquoi un tel couronnement ? Photos et expos
Les photos sont sublimes et la qualité de reproduction unique et saisissante. La mise en page esthétique se pare de l’éclat lunaire de la couleur argentée. Les photos, véritables poèmes visuels, se révèlent une à une. On les contemple. On éprouve le besoin de les toucher avant qu’elles ne nous avalent tout entier. Car elles donnent à voir des fractions de monde comme autant de capsules.
Pour un peu, on croirait feuilleter un catalogue luxueux d’exposition ou un livre d’art…Rien d'étonnant quand on sait que le parti pris de ce nouveau venu de la presse est de coupler support papier et expositions, reprenant et complétant les photos qui jalonnent chaque magazine. Réalisées dans une galerie située au 104, rue Oberkampf dans le 11ème arrondissement à Paris, ces ventes de photos à tirage limités titillent le désir des curieux et amateurs d'art. Raconte-moi la réalité par l'image
Dans son dernier numéro, le magazine Polka est fidèle à sa parole. Cependant, s’il conte la réalité par l’image, il n’hésite pas à regarder sous ses jupes. Les photos choisies nous précipitent dans l’envers d’un décor à la fois proche et lointain. C’est ainsi que, dans les photos d’Ethan Levitas, la vie des voyageurs du métro New Yorkais semble en lévitation. Magique quand on sait que ce mot lévitation vient justement du mot latin « levitas » signifiant légèreté !
Retour brutal sur terre mais toujours en Amérique avec les photos de Stanley Greene (Agence Noor), exhibant les lésions post-Katrina. L’une d’entre elles saute aux yeux. Au milieu d’un lac artificiel, la queue d’un petit avion de tourisme jaillit tel un totem. Celui-ci paraît avoir été érigé en souvenir de la violence extrême d’un ouragan, qui a ravagé en 2005 La Nouvelle-Orléans et le grand Sud américain. Le texte de Stanley Greene, accompagnant ses photos, est édifiant. Reprenant Mark Twain, il dénonce « la vision déformée » que la nation américaine a d’elle-même et pense que Katrina a révélé « le pire aspect » de ce pays. Il nous livre non sans tendresse, sa perception d’une Amérique belle et chaotique, brodée de noir(s) et de blanc(s). Plus loin dans le magazine, un dossier intitulé « regards sur la jeunesse nippone .» Dans ce dernier, un autre aspect du travail d’Ethan Levitas est mis à nu. Des photos de geishas colorées, telles des apparitions chimériques, côtoient des clichés entièrement vêtus de noir et de blanc. Ces derniers représentent des élèves du collège de Nagano où le photographe a, de par le passé, enseigné l’anglais. Ils ont illustré un manuel scolaire japonais questionnant l’identité, mot qui n’a pas d’équivalent dans la langue japonaise… Dans un tout autre style, le photographe Masayuki Yoshinaga détonne avec des photos de jeunes japonaises accoutrées à la mode des « goth loli » (abréviation de « gothic lolitas »). Enfin, Steven Achiam, jeune photographe danois d’origine chinoise, nous invite à une plongée dans la peau profonde et ridée des enfants sumos. Ce dossier est étayé par un article d’un envoyé spécial au Japon et par les commentaires des photographes, apportant de précieux éclairages aux phénomènes surpris par le viseur. Vient ensuite un reportage magnifique de Joakim Eskildsen sur les Roms, que ce photographe danois a côtoyés pendant 6 ans. Nous emmenant de Perpignan au Rajasthan, il nous initie à l’incroyable diversité et richesse de ce « peuple sans frontières » de 15 millions d’âmes, souvent mal-aimé car trop méconnu. S'abreuver aux sources du journalisme
Dans ce magazine, photojournalisme ne rime pas avec misérabilisme mais bien avec humanisme. Point de sensationnalisme voyeur et exacerbé ! Les problèmes sont pudiquement suggérés et l’empathie est préférée à la pitié culpabilisante et à la curiosité malsaine.
Pour preuve, le reportage de Laurence Leblanc sur la faim au Niger est exemplaire. Nous y apprenons que ce pays a connu en 2005 une crise alimentaire si grave qu’à l’époque, il était considéré comme le plus pauvre du monde. Or, Laurence Leblanc livre des images d’une beauté qui affole, transpirant la sécheresse. L’utilisation du flou rend certaines de ses photos impressionnistes et par là-même, "épidermiquement" sensibles. Un texte de Jacques Attali expose quant à lui les solutions possibles à ce fléau. Sur une page, l’émotion flirte donc avec la raison… Enfin, l’Histoire n’est pas absente de cette publication bimestrielle, en témoigne les photos illustres d’inconnus et de stars qu’Elliott Erwitt (Agence Magnum) a volées à l’Amérique, durant les années 1950 et 1960. Cette période est fascinante en raison de son ambivalence. C’est ainsi que les lumières du progrès roi, l’optimisme et le faste d’Hollywood s’étalent sur une toile de fond sombre, composée par l’assassinat de Kennedy, le racisme et la guerre froide. Le magazine s'achève dans une flaque de rire. La série de photos célèbres sur le dada canin d’Elliott Erwitt est hilarante. Par son regard facétieux, les chiens se font hommes et les hommes chiens… Polka magazine sert d’écrin aux photos de grands photographes et a su gagner la confiance des professionnels de l’image et du public. Encore une fois, (tout comme récemment avec la revue XXI), le pari de la qualité s’avère payant. En effet, le retour aux sources d’un journalisme pertinent et littéraire avec des textes ciselés, rédigés parfois par des écrivains, paraît salutaire dans un contexte de chute libre des ventes des journaux. Plutôt que de souffrir de la concurrence d’internet, le site de ce magazine (www.polkamagazine.com) est faste. Enfin, dans la même galerie accueillant les expositions, un mur Polka magazine met en scène les images rappelant le chemin de fer d’une rédaction à l’heure du bouclage. Ce mur pourrait bien devenir le mur des lamentations d’une presse française devenue exsangue et qui viendrait s’y recueillir afin d’espérer, à l’image de ce magazine, des lendemains meilleurs…. Feuilleter un aperçu de Polka Dans la même rubrique :
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