Jeudi 24 Juillet 2008
3:06
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Citoyens et médias, ensemble pour la qualité de l'information !

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Patrick CHARAUDEAU - Le discours d'information médiatique : La construction du miroir social

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P. Charaudeau travaille depuis plus de 20 ans sur le discours médiatique (débats, talk shows, interview radio etc.). Il montre que les journalistes agissent au milieu d'un ensemble d'éléments qui influencent leur travail quotidien et analyse ces éléments. Avoir en mémoire ces différentes influences des discours médiatiques d'information ne peut que nous aider à mettre en place des parades aux dérives dans les pratiques actuelles.




Cet ouvrage portant sur le discours d'information est sans doute le plus complet écrit à ce jour. Il décrypte de manière clinique, sans discours idéologiques sous-jacents, la construction du discours médiatique tiraillé entre les intérêts des uns et des autres et s'inscrivant à la fois dans des espaces psychologiques, sociaux et langagiers.

Extraits de l'introduction :

"Les médias ne transmettent pas ce qui se passe dans la réalité sociale, ils imposent ce qu'ils construisent de l'espace public. L'information est essen­tiellement affaire de langage et le langage n'est pas transparent au monde; il présente sa propre opacité à travers laquelle se construisent une vision et un sens particulier du monde. Même l'image, que l'on croyait la plus apte à refléter le monde tel qu'il est, a sa propre opacité que l'on découvre de façon patente lorsqu'elle produit des effets pervers (images de l'humani­taire) ou se met au service du faux (Timisoara, le cormoran de la guerre du Golfe). Son idéologie du « montrer à tout prix», du «rendre visible l'invi­sible» et du « sélectionner ce qui est le plus frappant» (les trains qui n'arri­vent pas à l'heure) lui fait construire une vision parcellaire de cet espace public, une vision adéquate à ses objectifs mais bien éloignée d'un reflet fidèle. Les médias, s'ils sont un miroir, ne sont qu un miroir déformant, ou plutôt ils sont plusieurs miroirs en même temps, de ceux qui dans les foires, malgré la déformation, témoignent malgré tout, chacun à sa façon, d'une parcelle amplifiée, simplifiée, stéréotypée, du monde.

Du coup, les médias, s'ils ne sont pas la démocratie elle-même, en sont en tout cas le spectacle, ce qui est peut-être et paradoxalement une néces­sité. En effet, l'espace public comme réalité empirique est composite. S'y déploient des pratiques diverses, les unes de parole, d'autres d'action, d'autres d'échanges et d'organisation en groupes d'influence à l'intérieur de chacune des trois sphères qui constituent les sociétés démocratiques la sphère du politique, la sphère du civil et celle des médias ; à quoi il faut ajou­ter qu'elles interfèrent les unes sur les autres sans que l'on puisse dire laquelle domine les autres. Ainsi, les acteurs de chacune de celles-ci se construisent leur propre vision de l'espace public comme une représenta­tion de celui-ci qui vaudrait pour sa réalité.



Les enjeux de l'analyse, on le voit, dépendent du point de vue que l'on choisit. Considéré d'un point de vue empirique, on peut dire que les médias d'information (entendus ici comme ensemble des supports technologiques dont le rôle social est de diffuser les informations relatives aux événements qui se produisent dans le monde-espace public, soit presse, radio et télévision) ces médias d'information, donc, fonctionnent selon une double logique : une logique économique selon laquelle tout organe d'information agit comme une entreprise avec pour finalité la fabrication d'un produit qui se définit par la place qu'il occupe sur le marché d'échange des biens de consommation (les moyens technologiques mis en oeuvre pour le fabriquer font donc partie de cette logique); une logique sémiologique (au sens large) selon laquelle tout organe d'information doit être considéré comme une machine produisant des signes (c'est-à-dire des formes et du sens), lesquels s'originent dans la partie de l'activité humaine qui s'emploie à construire du sens social.

De la prise en considération de cette double logique naît une série de questions. Existe-t-il un lien fort entre ces deux logiques? Car, après tout, il pourrait se faire que ce lien ne fût que de coïncidence du fait que ces deux logiques se trouveraient coexister au sein d'une même instance sociale (l'en­treprise), chacune fonctionnant de façon indépendante. Si ce lien existe, de quelle nature est-il? Y a-t-il un ou plusieurs types de corrélations? Ces cor­rélations sont-elles de simples mises en correspondance les unes par rapport aux autres? Sont-elles de causalité ou de réciprocité ? Autrement dit, peut-on affirmer et prouver que tel système de hiérarchisation du travail au sein d'une chaîne de télévision, tel mode de recrutement dans ces entreprises, tel type de contrat d'engagement ou tel procédé de fabrication d'un journal (par exemple le passage de la photocomposition à la PAO) ont une inci­dence sur le sens social dont est porteuse l'information médiatique? Peut-on conclure à une influence de la logique économique sur la logique sémio­logique, et si oui, cette influence est-elle directe ou indirecte?

Mais parler de « marché», c'est parler d'un public consommateur et donc de la possibilité d'atteindre celui-ci dans un système économique de libre concurrence. Dès lors, se pose la question pour chaque organe d'infor­mation du « comment capter ce public », ce qui n'est pas acquis d'avance. Et donc, du même coup, se repose la question mais cette fois de façon inverse - du lien qui s'établit entre ces deux logiques: la logique sémiolo­gique peut-elle aider la logique économique?

Corrélativement, quelle garantie peut-on avoir que ce que l'on met à l'entrée de la machine à informer produira, à la sortie, l'effet escompté? Cet effet escompté, lui-même, sur quoi est-il fondé? Autrement dit, qu'est-ce qui garantit à l'instance médiatique que le traitement de l'information qu'elle propose correspond bien à ce que le public en attend? Et d'ailleurs, plus généralement, qu'est-ce qui garantit dans tout acte de communication qu'il y a correspondance - sans dire coïncidence - entre les effets que l'instance d'énonciation souhaite produire sur l'instance de réception et les effets réellement produits sur celle-ci?

(…)

À tout moment, l'informateur devrait se demander, non pas s'il est fidèle, objectif ou trans­parent, mais quel effet lui semble produire telle façon de traiter l'informa­tion, et concomitamment quel effet produirait telle autre façon, puis encore telle autre façon, avant de procéder à un choix définitif. Car le langage est plein de pièges. D'abord par les formes, tantôt une même forme peut avoir plusieurs sens (« polysémie») : est-elle employée de façon toujours adé­quate à son contexte? tantôt une forme se trouve être en concurrence de sens avec d'autres formes (« synonymie ») : a-t-on bien conscience des nuances de sens dont chacune est porteuse? Ensuite par le fait qu'un même énoncé peut avoir plusieurs valeurs (« polydiscursivité ») : une valeur référentielle (il décrit un état du monde), énonciative (il dit des choses sur l'identité et les intentions des interlocuteurs), de croyance (il témoigne des jugements sociaux portés sur les êtres et les faits du monde) : a-t-on conscience de cette multiplicité de valeurs? Enfin, par le fait que la signification se configure, est mise en discours, à travers un jeu de dit et de non-dit, d'explicite et d'im­plicite dont seule la combinaison témoigne de la visée d'influence du sujet informant: a-t-on conscience de cette multiplicité d'effets discursifs?

On le voit, parler, communiquer, informer, tout est choix. Non pas seu­lement choix de contenus à transmettre, non pas seulement choix des formes adéquates pour être conforme à des normes de bien parler et de clarté, mais choix d'effets de sens pour influencer l'autre, c'est-à-dire, au bout du compte de stratégies discursives. Jean-Luc Godard, toujours là pour dire l'implicite, conseillait à ceux qui étaient chargés de commémorer le centenaire du cinéma: « Ne dites pas: "cette année nous passerons 365 films des frères Lumière", mais dites: "nous ne passerons pas les 1 035 films des frères Lumière"».

Impossible donc de plaider l'innocence. L'informateur est contraint de reconnaître qu'il est engagé en permanence dans un jeu où domine tantôt l'erreur tantôt la tromperie, tantôt les deux, à moins que ce ne soit l'ignorance."

Pierre de Beauvillé


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