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Les médias doivent-ils révéler les mises en examen ?Un débat intervenu sur la liste en mai 2004.
Vendredi 28, Mai 2004
On parle régulièrement sur cette liste du respect de la présomption d'innocence, et de ses conséquences. Le Nouvel Obs l'a même inclut dans sa charte (révélée récemment), et voici un nouveau cas qui permet d'avancer dans le débat. La question que je pose est assez simple : les médias se doivent-ils de révéler une simple mise en examen ? En effet, je me demande si cela sert à quelque chose, et si oui à quoi, ou à qui. C'est une question que je me pose, et que je vous pose alors que je ne dispose vraiment pas de réponse à ce jour. Dire : "untel est peut-être proxénète", pour moi c'est bafouer la présomption d'innocence, en ce sens que le 'peut-être' ne permet pas de ne pas associer la personne et l'acte en question. Avec le cas de Free (extraits à la fin), nous avons de plus une résonance toute particulière de cette médiatisation : une chute du titre en Bourse. Et celle-ci est définitive. Or 520 personnes sont directement concernées (les employés de Free), et bien plus de personnes indirectement (fournisseurs, clients, etc.) En tant que média, plutôt que de mettre tout de suite les projecteurs sur ce genre de mise en examen, qui selon moi n'apporte rien (jusqu'à preuve du contraire) à l'acuité des citoyens, je me demanderais deux secondes si cette opération n'est pas orchestrée par des sociétés que cela arrangerait. Le cas de Free est particulièrement intéressant, en ce sens que cette société est un véritable trublion dans le marché actuel des fournisseurs Internet, et que ses concurrents ne savent pas vraiment comment s'en débarrasser. L'opération d'intelligence économique, pour déstabiliser la société de cette manière, est tout à fait plausible. Or cette éventualité nécessite plus d'enquête, plus de vérificationset de recoupements qu'un simple copié/collé de déclaration de mise en examen (il doit y avoir un terme juridique mais je ne le connais pas). D'ailleurs, je me demande si et pourquoi la justice est en mesure de révéler à la presse ce genre d'information. Cela ne nuit-il pas au secret de l'instruction ? Si certains d'entre vous disposent d'informations à ce sujet, je pense que nous en bénéficierions tous et toutes. "Free dans une affaire de proxénétisme AP | 28.05.04 | 10:04 (Repris sur le site du Nouvel Observateur) PARIS (AP) -- Xavier Niel, président du groupe Iliad qui possède notamment le site Internet Free et l'opérateur téléphonique One.Tel, a été mis en examen jeudi et placé en détention pour proxénétisme aggravé, a-t-on appris vendredi de source judiciaire. […] » _________________________ Oui, la mise en examen est un événement qui mérite d'être public. La logique de l'information est de révéler, vite, des faits qui intéressent le public. La logique de base des journalistes est celle des faits. La mise en examen est un fait. La question qui manque dans votre liste est celle de savoir si cela (la mise en examen d'un patron déja sous les spotlights) profite au public. Ma réponse est oui. Parce qu'un tel évènement répond à la curiosité naturelle sur les faits importants, les faits graves de la vie de la société. A partir du moment où un fait est avéré, l'intérêt du public - de quelque façon qu'on juge cet intérêt - est le seul critère de publication. Les tenants et les aboutissants pour les intéressés sont d'un autre ordre. Peut-être y a-t-il manipulation. Peut-être certains profitent-ils de la faiblesse d'un concurrent. Cela ne peut pas être la logique de l'information, sauf à exposer ces éléments plus tard, après enquête journalistique rigoureuse. Le point de départ, c'est le droit du public à la transparence. Le droit de savoir. Le droit de comprendre la société dans laquelle les citoyens vivent. Il est très difficile de déterminer quelles limites poser à ces droits (car il faut des limites), car ils sont l'un des fondements de la démocratie. Il y a des exigences à attendre de la presse. Elle doit vérifier, approfondir, se soumettre à la transparence qu'elle prétend apporter - vous savez quelle attention je porte à la structuration des méthodes, à l'amélioration de la qualité et de la rigueur de l'info. Mais fermer des champs à l'information est une mauvaise piste. __________________________ Vendredi 28, Mai 2004 18:32 Je serais d'accord avec votre affirmation ("le droit du public à la transparence, le droit de savoir") si la presse accordait autant de place aux démentis et aux correctifs, si elle mettait en oeuvre une politique de vérification d'abord, puis de rectification et de droit de réponse, ensuite, digne de ce nom. Or, c'est très loin d'être le cas. La plupart des "blessés" de l'information", et qui l'ont été injustement, n'entrent pratiquement jamais dans leurs droits de demande de réparation (et comment réparer des honneurs injustement salis ?).... __________________________ Lundi 31, Mai 2004 15:33 Je m'interroge aussi... A partir du moment où une mise en examen est rendue publique, la personne ou les personnes concernés sont discréditées - Tout le monde le sait...... Alors que devient - en effet - la présomption d'innocence ? Quelle information pour le lecteur ? Untel est peut être impliqué ?? Et alors ? Ce qui nous intéresse, en tant que lecteur averti, c'est de savoir quelles sont les responsabilités réelles des uns et des autres - Pas leurs responsabilités supposées. Ne serait-ce pas là une manière de faire du sensationnel, du "vendeur" ?? Pourquoi les journalistes ne suivent-ils pas de près les affaires, en enquêtant ... quitte à sortir un "scoop", le cas échéant - Là, ils ne prennent aucun risque - Par contre, les personnes suspectées se relèveront difficilement d'une telle affaire, même innocentés. ________________________ Jeudi 3, Juin 2004 12:55 Bonjour à tous, Encore une excellente question que je mettrais en relation avec la déstabilisation en cours de la justice, notamment française. Considérons trois cas : - les fausses accusations à Outreau, - l'embrouillamini total à Toulouse (affaire Alegre) - les affaires ELF et Thomson : quasi impossibilité à lever un secret "défense" indiquant quels français profitent des "rétro commissions" sur les marchés extérieurs et intérieurs français ( 3 MILLIARDS pour seulement six frégates, seulement à Taïwan, seulement une année... Une "bagatelle" de bakchich qui pourrait financer l'industrie culturelle française, pour ne citer que celle-là !), etc. Donc, les manipulations de l'information dans ces procès sont extrêmement visibles, présentant des témoignages ou des faits incohérents et contradictoires, incompréhensibles pour le grand public. Un phénomène visible ailleurs qu'en France. Les questions importantes seraient, il me semble, les suivantes : 1 - Qui a intérêt (et les moyens) à déstabiliser ainsi l'institution judiciaire, manipulant l'information ? 2 - Comment mieux limiter les dégâts en cas de fausse accusation ? 1 - Qui a intérêt (et les moyens) à déstabiliser ainsi l'institution judiciaire, manipulant l'information ? - Des personnes accusées, cherchant à embrouiller les pistes par tous les moyens, pour éviter discrédit, prison, ruine ou honte publique. - Des groupes économiques, industriels ou financiers cherchant à déstabiliser leurs concurrents - Des groupes politiques cherchant à déstabiliser leurs rivaux - La "mafia", les réseaux criminels internationaux - Des Etats cherchant à déstabiliser d'autres Etats - Des personnes ou groupes faussement accusés, cherchant à faire apparaître la vérité, victimes de manipulation, devenant manipulateurs à leur tour (pourquoi pas) Etc. Un des sommets du genre ( en France), étant le procès du financement illégal des partis politiques. Dans les cas cités ci-dessus (trois procès importants avec morts, où des manipulations apparaissent), sont en cause : - des réseaux pédophiles semblant n'impliquer aucune "personnalité"(Outreau) - prostitution, crimes "pervers", transports de "valises" d'argent (Alegre), politique et médias (Toulouse) - groupes militaro-industriels, vol d'argent public, politique et "intermédiaires" en tout genre (frégates de Taïwan) Pour ma part, je penche pour la transparence de l'information, pour les raisons suivantes : Si les mises en examen sont cachées, les crimes ou malversations continuent plus facilement, certains profitant de prescription, amnisties ou manipulation réussie (vices de procédure pour des détails ridicules...) pour échapper à toute condamnation, garder l'argent, le pouvoir, etc. et continuer tranquillement ! Les victimes, sans visibilité médiatique, et même les enquêteurs (et journalistes), sont dangereusement exposés ( parfois au pire : 8 morts subites dans l'affaire des frégates, dont un ancien agent DGSE, par exemple...) Pour mon cas personnel, j'estime avoir été "sauvée" par l'information, qui m'a permis de mieux comprendre les dessous de ma situation professionnelle, notamment en apprenant l'existence de nombreux procès liés à la corruption de haut niveau, dont j'ignorais tout. Lorsque de fausses rumeurs circulent en privé dans un milieu professionnel, ruinant définitivement la crédibilité internationale d'une jeune entreprise ou d'une personne, quel contre pouvoir y a-t'il pour rétablir une vérité et un honneur dont seul ce milieu professionnel sait qu'il a été injustement entaché ? Quand on vous explique en plus que si vous portez plainte, vous gagnerez, mais vous ne travaillerez plus jamais ?... D'autre part, c'est vrai, l'injustice d'une mise en cause publique pour un innocent peut être abominable. 2 - Comment mieux limiter les dégâts en cas de fausse accusation ? - Pourquoi ne pas obliger légalement presse et JT à consacrer beaucoup d'espace, proportionnellement, à la même heure d'écoute, dans les mêmes pages, pour la réhabilitation de ces cas ? Et obliger à enquêter sur l'origine de ces faux témoignages. Il semble évident, dans le cas de milliards détournés, par exemple, que le financement d'officines privées (des professionnels équipés de technologies -micros, écoutes téléphoniques, caméras, filatures, comédiens, organisation d'événements, etc.) peut être utilisé pour "casser" des témoins gênants, avec des moyens énormes, dont la preuve est difficile à établir.Roland Dumas s' est plaint de ce procédé, employé dans son cas par l'agence "Kroll Associates", dans son dernier livre. (J'ajoute son nom pour équilibrer ma citation concernant les millions en petites coupures non déclarées sur ses comptes bancaires dans "Galéjade politico-financière au sommet : les faux aveux des faux coupables !") […] Cette obligation de réparation médiatique proportionnelle en quantité de temps et d'espace permettrait peut-être aussi de limiter (par effet secondaire de prudence), l'importance disproportionnée d'affaires privées "futiles" comme l'affaire Monica ? Est-ce que ce ne serait pas aussi l'intérêt général bien compris ? Et même celui des grands groupes, étant donné les dégâts commerciaux causés dans le passé par ces procédés ( Thomson-Matra, pour ne citer que cet exemple... ) Dans ce contexte, on ne s'étonne pas de voir les géants de l'armement et de la financeretenir la "leçon" et acheter massivement médias et éditions (les groupes Lagardère, Dassault, ou Wendell et le "patron des patrons"). Sauf qu'un nouveau problème se profile, d'une autre nature. Contrôler tous les médias d'information, n'est-ce pas le b a ba de toute stratégie militaire ou dictatoriale ? D'autant que ces médias peuvent constituer de véritables "armes de destruction massive", pouvant déclencher le pire, comme cela a été démontré au Rwanda avec la radio des collines, par exemple. Le groupe Murdoch n'est-il pas un des seuls vainqueurs de la guerre en Irak, gagnant dans tous les cas de figure, même en cas de ruine des USA ? Reparlons de Silvio Berlusconi et de son empire médiatique... Aucun de ces groupes n'est habituellement considéré dans la catégorie "militaire", pouvant déclencher des guerres... Aucun d'entre eux n'est placé sous contrôle démocratique direct, comme une armée. Inventons les contre pouvoirs nécessaires ! C'est notre plus grand défi pour l'avenir, il me semble. Dans un pays "civilisé" comme la France, on peut écrire une vérité comme celle-là sans avoir un "terrible accident", une "terrible maladie", une mort subite, ou voir son entourage atteint de ces mêmes fléaux... Ou autres "sanctions économiques ", impensables au pays des droits de l'homme non déshonoré. En toute bonne foi à vous, Jeudi 3, Juin 2004 18:36 Vous écrivez : Cette obligation de réparation médiatique proportionnelle en quantité de temps et d'espace... En fait, pour bien faire, il faudrait que l'espace et le temps consacrés à la réparation soient LE DOUBLE de ce qui a été fait dans le sens qui a nuit aux personnes injustement clouées au pilori médiatique. Pourquoi le double ? - Une fois, pour rééquilibrer l'information (qui aurait dû être plus contradictoire, plus équilibrée AU MOMENT DE L'ENQUETE) ; - Une deuxième fois pour "réparer" (ou du moins "racheter") le tort injustement occasionné. Samedi 5, Juin 2004 0:43 Après avoir lu les différentes contributions sur le sujet de la mise en examen, et vous encourager à participer au sondage lancé sur cette liste à ce sujet (vous pouvez changer votre vote avant la fin si les discussions sur cette liste vous font changer d'avis), j'ai envie d'approfondir le sujet. Je mesure mieux, grâce au message de [sympathisante d'A.Q.I.T], les intérêts de la médiatisation de la mise en examen. Mais je ne suis pas encore convaincu de leur supériorité par rapport aux désavantages de cette médiatisation, et aux avantages de la non-médiatisation. Une solution consisterait en effet à obliger la presse à publier 2 fois plus la relaxe que la mise en examen qui s'est révélée infondée. Mais qui serait en droit d'imposer une telle chose aux médias ? La loi ? En tout cas, il est clair que ce serait une bien meilleure situation qu'actuellement. Toutefois, le message de [rédacteur en chef adjoint dans un quotidien national] me laisse perplexe. Vous nous parlez de logique de l'information, d'intérêt connu du public pour ce genre de faits, de transparence nécessaire de la presse... La 2è conférence-débat organisée par A.Q.I.T, sur la réception de l'information par les citoyens, avec les chercheurs en sciences de l'infocom, nous a clairement démontré qu'on ne sait à peu près rien de la logique de réception de l'information, par manque d'études sur le sujet et à cause de la complexité du sujet. Pour moi, une courbe d'audimat ne règle pas le problème, et ne signifie pas vraiment que ce qui se vend est ce dont le public a besoin, alors que ce qui ne se vend pas ne répondrait à aucun besoin. Pour moi, simple citoyen récepteur (et parfois créateur) de médias, le rôle de l'offre dans le domaine médiatique est extrêmement fort par rapport à celui de la demande. On connaît les ressorts qui font vendre, traditionnellement : le sexe, la violence, la proximité, le people, les faits divers, les histoires d'argent et de famille, par exemple. La mise en examen rentre le plus souvent dans ce cadre : pour le PDG de Free, c'est de 'proxénétisme aggravé' dont il est accusé, par exemple. Je propose que l'on réfléchisse un instant sur le rôle de l'offre médiatique, en l'occurrence le travail des journalistes. Je me répète peut-être, mais je trouve qu'il est très important. Pour faire une analogie, prenons l'éducation d'un enfant. Si vous lui demandez tout le temps s'il veut des bonbons, il va vous dire oui : on connaît l'attrait de l'enfant pour tout ce qui est sucré. Mais si vous lui dites : le sucre pur et les colorants, ce n'est pas bon pour la santé, mange plutôt un fruit qui contient aussi des fibres, vous éduquez ses pulsions primaires qui l'auraient plutôt poussé sans réfléchir vers les bonbons. En d'autres termes, en journalisme comme en politique, on peut suivre l'opinion (vision électoraliste) ou la faire (vision tout court). Ingénieur commercial, membre d'A.Q.I.T ________________________ 10, Juin 2004 Vous écrivez : Cette obligation de réparation médiatique proportionnelle en quantité de temps et d'espace... En fait, pour bien faire, il faudrait que l'espace et le temps consacrés à la réparation soient LE DOUBLE de ce qui a été fait dans le sens qui a nuit aux personnes injustement clouées au pilori médiatique. Pourquoi le double ? - Une fois, pour rééquilibrer l'information (qui aurait dû être plus contradictoire, plus équilibrée AU MOMENT DE L'ENQUETE) ; - Une deuxième fois pour "réparer" (ou du moins "racheter") le tort injustement occasionné. __________________________ Date : 10 juin Bonjour, Le nouveau danger, si on décidait de consacrer le double de l'espace à la réparation, serait de ne plus pouvoir parler d'autre chose, ou d'augmenter le temps de JT ou les pages du journal, ce qui diluerait aussi l'information. Qui plus est, de nouvelles manipulations pourraient être organisées uniquement dans ce but, pour empêcher que l'on ait le temps de parler d'autre chose. Peut-être, si on envisageait une hypothèse "raisonnable" (même si ce ne sera jamais assez pour les victimes), qui exigerait la moitié de l'espace, et surtout les mêmes pages ou la même place de présentation ( première page ou titres d'un JT + images, si c'était le cas pour l'accusation ), ce serait déjà (il me semble ?) un immense progrès par rapport à la situation actuelle ? Cela n'interdirait pas de mieux équilibrer l'information de départ, au moment de l'enquête, comme l'écrit Jean-Luc Martin-Lagardette. Qu'en pensent les professionnels ? ______________________ Bonjour, Quelques petits commentaires après les échanges sur les mises en examen. D'abord, les journalistes travaillent avec l'idée que les institutions font correctement leur travail. Publier une mise en examen c'est rendre compte du travail de plusieurs corps professionnels (police, justice) dont la mission et les méthodes visent à identifier et punir les individus qui causent du tort à la société. Une part du droit pénal vise à éviter les condamnations infondées. Les journalistes sont tenus de respecter ce cadre – ils sont aussi prompts à en dénoncer les imperfections, cf. l'affaire d'Outreau. Ensuite et surtout, le principe est que la presse, comme le reste de la société, est libre. Procéder par voie d'obligation est difficilement praticable et probablement inefficace dans le contexte d'une information disponible partout, à tout moment. Il y a en outre des risques à fixer des contraintes aussi fortes sur le contenu des mass-media. Le contrôle du contenu des journaux est caractéristiques des temps sombres de l'histoire. Il est clair en revanche que les médias doivent s'astreindre à un « devoir de suite », c'est-à-dire à publier les suites significatives d'informations publiées précédemment (un non-lieu est bien sûr le type même d'information significative !) C'est un devoir à l'égard des lecteurs, et il n'est pas assez respecté. A nous de le promouvoir. Imprégner la culture journalistique du nécessaire respect des lecteurs, y susciter la nécessité de règles déontologiques fortes, ce sont des pistes à explorer. __________ 12 Juin 2004 Bonjour vos réflexions riches ouvrent plusieurs pistes de débats. (...) Vous écriviez : >> Ensuite et surtout, le principe est que la presse, comme le reste de la société, est libre. Procéder par voie d'obligation est difficilement praticable et probablement inefficace dans le contexte d'une information disponible partout, à tout moment. Il y a en outre des risques à fixer des contraintes aussi fortes sur le contenu des mass-media. Le contrôle du contenu des journaux est caractéristiques des temps sombres de l'histoire. Quelques réflexions : Effectivement, c'est là un gros problème. L'idée même de "contrôler" la presse, sous couvert d'intentions louables et citoyennes, fait songer à la censure. Et pourtant, cette presse hors de contre-pouvoir, n'est-elle pas livrée de fait à un contrôle : celui des propriétaires de médias, du "marché" et des aspirations prêtées au "grand public", etc. Il me semble qu'on retombe dans une opposition libéralisme/socialisme. Une presse hors de contrôle serait censée se réguler toute seule... et on constate qu'il y a actuellement des dysfonctionnements, les médias tendants à la concentration tant financière qu'idéologique (selon le sondage - contestable sans doute - de "Marianne" voilà quelques années, environ 80% des journalistes dans les rubriques "société" étaient de gauche...). Au lieu d'une diversité de l'offre et d'une pluralité des infos, n'est-ce pas une uniformité qui surgit de ce marché "libre" ? Par exemple je songe aux médias prescripteurs en matière d'édition. (On voit les mêmes auteurs passer dans chacune des quelques rares émissions littéraires qui restent sur les chaînes publiques etc.). Evidemment, tout ceci ne résout pas la question de : "quel type de contre-pouvoir serait intéressant et positif pour les médias ?" Vous écriviez : >> Il est clair en revanche que les médias doivent s'astreindre à un « devoir de suite », c'est-à-dire à publier les suites significatives d'informations publiées précédemment (un non-lieu est bien sûr le type même d'information significative !) C'est un devoir à l'égard des lecteurs, et il n'est pas assez respecté. Petite réflexion : Je suis assez dubitatif sur le traitement des affaires judiciaires. Dire "untel a été relaxé" n'est pas forcément parlant, il est intéressant de savoir sur quels éléments il l'a été, s'il s'agit de "fond" ou de "forme"... Quand quelqu'un est accusé de détournement de fonds publics, tout le monde imagine ce dont il peut s'agir ; et quand les médias annoncent qu'il y a eu un non-lieu, ou une relaxe, un doute subsiste, dans la mesure où le public ne comprend pas les termes employés et les détails du jugement (on risque de penser "il a été innocenté parce qu'il a les moyens d'avoir de bons avocats, sans doute ont-ils joués sur le doute, un problème de procédure etc.", mais le doute quant à l'innocence réelle du prévenu demeure souvent...). (Exemple : les personnes qui accusaient Le Pen de tortures durant la guerre d'Algérie auraient été déboutées - à en croire le débat récent entre D. Cohn-Bendit et Marine Le Pen, qui n'a pas été contredite sur ce point. Qui se contente de cette décision de Justice pour se persuader que Le Pen n'a rien à se reprocher dans cette affaire ? Cet exemple compliqué et polémique a le mérite de poser une question fondamentale pour nos démocraties : une décision de Justice convainc-t-elle réellement, et lave-t-elle des accusations graves ?... Et si non, pourquoi ?). _______________ le 17 juin Messieurs, j'ai lu avec intérêt votre débat sur la question de savoir quelle doit être l'attitude des médias en cas de procédure judiciaire. Le problème est toujours posé de la même manière : faut-il révéler des faits alors qu'existe la présomption d'innocence ? Je voudrais apporter un témoignage édifiant qui montre que les médias sont très bavards quand il s'agit de certaines choses, et très silencieux quand il s'agit d'autres choses ... J'ai travaillé comme journaliste pour des supports édités par une organisation très connue. Il y a plus de trois ans, preuves à l'appui, j'ai porté plainte pour abus de biens sociaux, emplois fictifs etc Une information judiciaire a été ouverte. Elle est toujours en cours. Pas un Français n'en a été informé. Tous les organes de presse sont au courant; pas un n'en a parlé. Que l'on ne vienne pas me jeter à la figure les grandes phrases sur la présomption d'innocence, la vérification des sources, la diffamation, et autres arguties. L'ouverture d'une information judiciaire est un fait; ce simple fait a été soigneusement passé sous silence. Pas même 10 mots chez nos "grands professionnels de la presse" pour dire quelque chose du type "Une information judiciaire a été ouverte contre X", point à la ligne. Dans le même temps - et chacun peut le constater, quotidiennement - les journaux écrits, les télévisions, les radios ne se privent pas de faire des gros titres dès que des accusations, éventuellement sans preuves, sont portées contre tel ou tel; ou dès que la moindre plainte est déposée. Alors, de grâce, pas de leçon de morale ... ou de déontologie .... Je suis bien placé pour savoir que les citoyens ne sont pas correctement informés; et que les médias, toutes tendances confondues, s'entendent à merveille quand il s'agit de faire le silence sur une affaire. Le 17 juin Bonjour, juste une question? Pourquoi êtes-vous si discret? Dites nous de quoi vous parlez! (...) Le 19 juin (...)L'organisation pour le journal de laquelle j'ai travaillé, n'est ni une banque, ni un "grand patron" au sens où vous l'entendez, ni un parti politique; mais une structure qui passe son temps à faire la leçon en matière d'abus de biens sociaux, de travail au noir, de détournements de fonds, de contrôle des aides publiques aux entreprises, de droits des "travailleurs", de désintéressement, de solidarité, j'en passe et des meilleures; oui, j'ai nommé la CGT, syndicat de salariés qui se fait passer pour un parangon de vertu alors que, je puis le jurer pour y avoir "bossé" pas mal de temps, ces gens sont les derniers à être en droit de faire la morale.(...) Pierre de Beauvillé
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