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Les Journalistes interdits de FacLoin des traditionnels sondages et statistiques sur les pratiques ou opinions des jeunes envers les médias, les événements en rapport avec la contestation de la loi Pécresse dans les Universités nous apportent un certain éclairage.
« L'AG commence sur les chapeaux de roues avec un débat mouvementé sur la présence des journalistes dans les amphithéâtres réquisitionnés pour l'occasion.
S'en suit un vote dont voici le résultat : 150 abstentions (environ). 687 contre la présence des journalistes, 548 pour. Il a fallu plus de 30min pour faire effectivement sortir les journalistes qui défendaient tout de même leurs droits. » C'est ainsi que le site des étudiants de la faculté de psychologie de Nantes psychonantes.net; rapporte l'éviction des journalistes d'une AG survenue le 8 novembre dernier. A Tolbiac également, selon l'Express « 12h20: les journalistes présents dans la salle sont priés de se présenter. Pas de caméra, si ce n'est celle d'un chercheur du CNRS, au premier rang, qui filmera intégralement les trois heures et demi d'AG, pour ses travaux personnels. » A Rennes II, selon le Président de l'Université entendu jeudi 15 novembre au matin sur la radio Europe 1, les journalistes étaient cantonnés dans un coin de l'amphi où se déroulait l'AG, matérialisé par un dessin au sol... en forme de fil de fer barbelés ! C'est un fait : les journalistes des médias « mainstream » sont persona non grata dans les AG des étudiants contestataires. On pourrait s'en étonner, si l'on considère que faire valoir son point de vue ou expliquer l'action menée à un journaliste permet de susciter une info, occuper l'espace médiatique et donner au final une résonance au « mouvement social » auquel on prend part. Pourtant, force est de constater que c'est autre chose qui est à l'œuvre. Cet article d'Indymédia, un des principaux portails médias alternatif, est révélateur de l'attitude d'une partie de la jeunesse, celle qui, syndiquée à gauche ou à l'extrême gauche, entend bloquer les universités et s'associer aux grèves d'autres catégories de travailleurs. « TF1, et la télévision en général, ne doit pas être une référence pour l'information de ceux qui agissent, de quelque façon que ce soit pour les sans-papiers, pour les chômeurs, pour le service public etc... Un étudiant qui sort d'une AG et rentre chez lui ne doit pas attendre le journal de 20h pour savoir si on a parlé de sa fac en grève. Il n'est plus à démontrer que les médias appartenant à la bourgeoisie (Lagardère, Dassault, Bolloré...), ne sont pas une source fiable. Ces bourgeois n'iront jamais parler des luttes sociales d'ailleurs, des autres petits mondes qui se construisent sans eux dans les autres pays, car ce n'est pas dans leur intérêt. (…) Une chaîne de télé, un journal n'a qu'un but : le profit. Ce n'est pas d'informer les gens sur ce qui est réellement important, c'est de les divertir avec du Spectacle pour leurs annonceurs publicitaires. Rien ne doit contrarier ces annonceurs. J'appelle donc tous et toutes à développer les médias libres pour que nos mouvements soient plus forts, plus cohérents avec eux-mêmes, plus indépendants des mass-médias. » Sur cet autre site Lillois d'Indymédia, également : « En règle générale, je vous conseille de ne pas répondre aux journalistes ou alors sous certaines conditions très strictes qu'il s'efforcera de respecter. N'offrez jamais de manichéisme, de simplisme, ou d'explications hasardeuses au journaliste. Lui ne cherche pas à défendre la LRU, mais de son statut de journaliste, il a tendance à se sentir supérieur et s'il peut railler un propos léger, il le fera sans hésitation ! Les rédacteurs de La Brique sont présents ( et certainement les autres médias alternatifs), c'est à eux que vous devez faire confiance... » La messe est dite. Les médias « traditionnels » étant naturellement et structurellement vendus au grand capital, leurs journalistes sont indésirables. Serait-il utile de rappeler l'importance de la liberté de la presse et de la liberté d'information dans nos démocraties parlementaires ? A vraie dire, les jeunes contestataires qui expulsent les journalistes des Fac se soucient comme d'une guigne des valeurs démocratiques, des libertés, et de tout le reste. Si tout le système est bourgeois, ses travailleurs, fussent-ils des petites mains comme les journalistes, sont des traitres, des ennemis de la cause, et nul discussion avec eux n'est possible. Comme dans le film « Matrix », toute personne connectée à la Matrice est un agent Smith potentiel, et donc un ennemi à abattre par nature. Comment juger cette défiance radicale à l'égard des journalistes, tenus ainsi pour responsables, solidaires par essence avec les grands PDG qui détiennent les médias qui les emploient ? On peut considérer qu'il s'agit ni plus ni moins d'une redéfinition par l'extérieur du travail du journaliste. Pour ces jeunes contestataires, le journaliste n'est pas là pour recueillir des faits, rendre compte de ce qu'il se passe et se dit dans leur AG. En fait, le « bon » journaliste devrait être là pour répercuter leur message. Pour être d'accord avec eux et être le porte-voix du mouvement. Toute autre fonction est indésirable. Citons encore une fois Indymédia Lille : « (…) Qui sont les lecteurs de ce journal (ndr :la Voix du Nord)??? Ce ne sont majoritairement pas des étudiants. Quand vous répondez à un journaliste, mettez-vous dans le crâne que ce n'est pas à des camarades de lutte que vous vous adressez. » Tout se passe comme si ces jeunes avaient une vision de pure communication, une vision utilitariste des médias, qui doivent relayer le message sans poser de question, et si possible le relayer aux publics qui sont de toutes façons déjà d'accord, dans un but de fédération des mouvements. En d'autres termes, pour ces acteurs du mouvement étudiant, un média idéal c'est un média qui ressemble à une AG : un relai de parole destiné à mobiliser des forces qui, de toute façon et a priori, vont dans le même sens que soi. Il est vrai qu'historiquement les extrêmes, de droite comme de gauche, ne se sont jamais illustrés par leur respect de la liberté d'information. Reste que, symboliquement, voir des jeunes étudiants dénier aux journalistes leur droit d'exercer autrement qu'au service de leur propre message, comme n'osent même plus le faire, ou le font plus subtilement, les services de com' des grandes entreprises, a de quoi rendre inquiet tout démocrate, tout républicain. Enfin quelques questions restent en suspens : Comment se défendent les journalistes expulsés des AG ? Cachent-ils leur qualité pour pouvoir rester ? Tout témoignage d'un journaliste serait bienvenu sur notre site, pour que l'on puisse être mieux éclairé sur cette inquiétant rejet d'un pilier fondamental de nos libertés. Pierre de Beauvillé
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