Les Etats Généraux de la Presse : c’est parti !

Le Président de la République a donné jeudi 2 octobre le coup d'envoi des états généraux de la presse, demandant à la profession de « prendre ses responsabilités » et de « dégager des solutions » pour répondre rapidement à la crise du secteur. En ligne de mire, le poids du Syndicat du livre CGT dans l'économie des journaux, mais pas seulement... AQIT a siégé dans le sous-collège "publics".

Thomas Zlowodzki
Lundi 6 Octobre 2008

Les Etats Généraux de la Presse : c’est parti !
Aide-toi, l'Etat t'aidera... C'est, en substance, le message que le président de la République a adressé hier aux patrons de journaux et aux journalistes venus en nombre à l'Elysée pour le lancement des états généraux de la presse. Brossant un tableau sans concessions de la « crise structurelle » et « bien française » que traverse la presse hexagonale en pleine révolution numérique, Nicolas Sarkozy est entré immédiatement dans le vif du sujet : il a appelé la profession « à prendre ses responsabilités » et « à régler ses divisions » pour « dégager rapidement des solutions » et « mettre en oeuvre des changements tout de suite ».

Quatre « pôles de débat et de concertation » dirigés par des personnalités « respectées et indépendantes » alimenteront ces états généraux organisés par Emmanuelle Mignon, conseillère du chef de l'Etat. A leur tête : Arnaud de Puyfontaine, ex-PDG de Mondadori France, présidera le pôle dédié au « processus industriel » de la presse. Bruno Frappat, président du groupe Bayard Presse, dirigera celui « chargé de réfléchir à l'avenir des métiers du journalisme ». Bruno Patino, ancien patron du Monde Interactif et nouveau directeur de France Culture, dirigera le groupe consacré au numérique. Enfin, François Dufour, cofondateur du groupe Play Bac, mènera une réflexion sur les rapports entre la presse et la société et la concentration des médias. Le conseiller d'Etat, Bernard Spitz, assurera la coordination des travaux, en liaison avec le ministère de la Culture et de la Communication et la Direction du développement des médias.

(source des informations : article des Echos du 3 octobre 2008)

AQIT salue cette initative, en espérant qu’elle débouche sur des initatives concrètes permettant d’améliorer à la fois la qualité de l’information et la santé financière de la presse quotidienne française (les deux aspects se conditionnant l’un l’autre). Nous suivrons de manière attentive et vigilante l’évolution de ces Etats Généraux et leur impact sur la qualité de l’information.

Nous reviendrons sur ces Etats Généraux lors de notre Café de l’Info du mardi 7 octobre, où nous accueillons Patrick Eveno, historien des médias et autour de l’ouvrage « Presse quotidienne française : fin de partie ou renouveau ».


Article des Echos du 3 octobre « in extenso » :
Nicolas Sarkozy appelle la presse à prendre son avenir en main, sans tabou


Le président de la République a donné hier le coup d'envoi des états généraux de la presse. Il a demandé à la profession de « prendre ses responsabilités » et de « dégager des solutions » pour répondre rapidement à la crise du secteur. En ligne de mire, le poids du Syndicat du livre CGT dans l'économie des journaux, mais pas seulement...

Aide-toi, l'Etat t'aidera... C'est, en substance, le message que le président de la République a adressé hier aux patrons de journaux et aux journalistes venus en nombre à l'Elysée pour le lancement des états généraux de la presse. Brossant un tableau sans concessions de la « crise structurelle » et « bien française » que traverse la presse hexagonale en pleine révolution numérique, Nicolas Sarkozy est entré immédiatement dans le vif du sujet : il a appelé la profession « à prendre ses responsabilités » et « à régler ses divisions » pour « dégager rapidement des solutions » et « mettre en oeuvre des changements tout de suite ».

C'est à ces conditions que la puissance publique, qui, « chaque année, consacre près de 1 milliard d'euros à la presse », l'aidera à se moderniser. Le chef de l'Etat a fixé à la profession une feuille de route et un calendrier : les quatre groupes de travail des états généraux (lire ci-dessous) ont deux mois pour dégager des propositions concrètes. Et celles-ci ne devront pas « se limiter à une augmentation » des aides à la presse « sans aucun changement structurel », a averti Nicolas Sarkozy. « Coûts d'impression et de diffusion élevés », « faiblesse du réseau de distribution », « perte de confiance des lecteurs »... Enumérant les grands maux de la presse, le président a appelé les éditeurs à remettre à plat tout le système hérité de l'après-guerre. Sans tabou. « L'Etat sera derrière vous, sans reculer », a-t-il promis.

En ligne de mire, le Syndicat du livre CGT et son monopole sur l'impression et la distribution des journaux, régulièrement montré du doigt comme le grand responsable des maux de la presse : « L'Etat ne se laissera imposer aucun immobilisme, aucun corporatisme, aucune habitude mauvaise », a-t-il martelé. Fabrication et distribution représentent 60 % du prix de vente des quotidiens, bien plus qu'à l'étranger... Mais le président a aussi appelé les éditeurs à balayer devant leur porte : « Vilipender le Syndicat du livre pour mieux passer sous silence la responsabilité des éditeurs est tellement habituel ! »

Plusieurs points de friction

Car, pour Nicolas Sarkozy, il n'y a « pas de fatalité » à ce que les journaux se vendent moins, ni à ce qu'ils soient trop chers. Pas de fatalité à ce qu'aucun nouveau quotidien ne soit lancé, ni à la sous-capitalisation des groupes de presse. « Je crois en l'avenir de la presse papier », a-t-il dit, en dénonçant « la folie » du tout-gratuit sur Internet.

En réalité, le « cercle vicieux » décrit par le président est connu de la profession depuis des années. Le véritable défi sera de définir un plan d'action concret. Très vite, la question des relations avec le Livre va se poser : les éditeurs feront-ils front commun pour revoir de fond en comble les conditions d'impression et de distribution des journaux pour revenir à des conditions d'exploitation viables ? Et s'il y a blocage dans les négociations avec le syndicat, seront-ils prêts à supporter une épreuve de force, au risque d'entraîner la non-parution de leurs journaux pendant des jours ? La direction confédérale du Livre CGT se montre plutôt réformiste. Mais une partie du syndicat est sur une ligne plus dure, notamment aux NMPP.

La question de l'indépendance

Autres points de friction en vue, cette fois avec les journalistes : la remise en cause des 35 heures, incidemment évoquée par Nicolas Sarkozy, et la question sensible du droit d'auteur. Tout en dénonçant la « paupérisation » des rédactions, le président a appelé les journalistes à lâcher du lest : pour lui, un même article doit pouvoir être exploité sur tous les supports d'un même titre (papier, Internet, mobile), sans rémunération supplémentaire.

Enfin, le chef de l'Etat a milité pour des groupes de presse plus puissants, de stature internationale. Quitte à en passer par plus de « concentration » en France, comme le souhaiteraient certains grands acteurs du secteur. Au premier rang, aux côtés d'autres patrons de presse comme Arnaud Lagardère, le propriétaire du « Figaro », Serge Dassault, a, pour sa part, trouvé la presse française « très bien comme ça ». Reste à savoir ce qu'en penseront les premiers concernés, à savoir les lecteurs : Nicolas Sarkozy l'a promis, ils seront associés à la réflexion. Son appel à un « Grenelle » de la presse a été salué par la plupart des éditeurs. Mais ces états généraux ne font pas forcément l'unanimité dans la profession. Notamment sur la question sensible de l'indépendance vis-à-vis du pouvoir. Le patron du « Nouvel Observateur », Denis Olivennes, a déjà dit qu'il ne participerait pas à une réflexion sur la presse pilotée par l'Elysée...

Quatre groupes pour organiser les travaux
Quatre « pôles de débat et de concertation » dirigés par des personnalités « respectées et indépendantes » alimenteront ces états généraux organisés par Emmanuelle Mignon, conseillère du chef de l'Etat. A leur tête : Arnaud de Puyfontaine, ex-PDG de Mondadori France, présidera le pôle dédié au « processus industriel » de la presse. Bruno Frappat, président du groupe Bayard Presse, dirigera celui « chargé de réfléchir à l'avenir des métiers du journalisme ». Bruno Patino, ancien patron du Monde Interactif et nouveau directeur de France Culture, dirigera le groupe consacré au numérique. Enfin, François Dufour, cofondateur du groupe Play Bac, mènera une réflexion sur les rapports entre la presse et la société et la concentration des médias. Le conseiller d'Etat, Bernard Spitz, assurera la coordination des travaux, en liaison avec le ministère de la Culture et de la Communication et la Direction du développement des médias.

NATHALIE SILBERT ET JEAN-CHRISTOPHE FÉRAUD





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