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COMMUNIQUÉ d'A.Q.I.T sur « l'affaire des caricatures de Mahomet »NON À LA CENSURE ET À L'INTIMIDATION OUI À UN SOUTIEN SANS AMBIGUÏTÉ DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSEParis, le 14 février 2006
Le lendemain de la publication le 1er février des 12 caricatures danoises représentant Mahomet, le PDG et Directeur de la publication de France Soir, M. Jacques Lefranc, était révoqué par le propriétaire du journal, M. Lakah, invoquant un « signe fort de respect des croyances et des convictions intimes de chaque individu » (1)
NOUS DÉNONÇONS CETTE RÉVOCATION Nous comprenons l'émoi qu'a pu susciter chez certains musulmans, de France et d'ailleurs, la vision de ces dessins et NOUS AFFICHONS CLAIREMENT NOTRE PLUS GRAND RESPECT ENVERS LES MUSULMANS QUI AURAIENT ÉTÉ BLESSÉS PAR UNE OU PLUSIEURS DE CES CARICATURES. Mais le fait que des dessins puissent choquer certaines personnes, notamment en raison de leur religion, ne doit pas pour autant conduire à demander l'interdiction de leur publication, des excuses de gouvernements, et encore moins à des actions violentes contre leurs auteurs ou ceux qui les ont publiés. NOUS CONDAMNONS CES VIOLENCES ET CES TENTATIVES D'INTIMIDATION. Au-delà de ces violences, qui concernent des groupes d'individus particuliers, nous avons assisté à un certain nombre d'atermoiements de la part de certains responsables politiques français. Nous pensons que la publication de ces dessins, au Danemark, en Suède ou ailleurs, répond à la liberté de la presse, et plus généralement d'expression – qui comporte le droit de choquer les sensibilités des uns et des autres, et aussi de se tromper, de blasphémer, d'errer, de critiquer et de polémiquer. Nous refusons donc les arguments tentant de contrebalancer la liberté de la presse par la prétendue nécessité de « ne pas choquer une partie de la population » ou encore de « faire attention au contexte ». Néanmoins, un citoyen n'a pas à subir des images qu'il juge offensantes. Nous pensons que le droit de ne pas voir des images choquantes doit être respecté : un croyant n'a pas à être « agressé » par ce qu'il ne souhaite pas voir. Mais dans la mesure où ces caricatures ne sont pas affichées, elles ne s'imposent pas aux croyants, mais nécessitent un acte volontaire pour être vues par ceux qui se les procurent. Dans ce cadre, nous pensons que la liberté de publier ces dessins est absolue, quand bien même ils seraient de mauvais goût ou choquants. Et si certaines limites sont franchies, c'est alors à la loi et aux lecteurs d'en juger par des actions citoyennes adéquates. Nous ne pensons pas qu'il faille « acheter la paix civile » (et auprès de qui, d'ailleurs ?) en « montrant des signes d'apaisement ». L'histoire a montré ce qu'il advenait des démocraties lorsqu'elles abdiquaient face à des fanatiques. Nous précisons, même si cela nous paraît évident, que bien évidemment ici sont visés les islamistes intégristes, et non l'écrasante majorité des musulmans. De même, nous considérons qu'une démocratie laïque qui offre à ses citoyens la liberté de culte, en contrepartie n'est pas tenue de se conformer aux règles propres à une religion, quelle qu'elle soit. Il en va ainsi de l'interdiction, propre à l'Islam (ou en tout cas, de certaines de ses interprétations), de représenter Mahomet. NOUS APPELONS À UN SOUTIEN FERME DE TOUS LES POLITIQUES À LA LIBERTÉ DE LA PRESSE ET NOUS DÉNONÇONS LES PROCÈS D'INTENTION A L'ENCONTRE DES DESSINATEURS OU DES SUPPORTS PUBLIANT CES DESSINS ET L'INSTRUMENTALISATION QUI EN DÉCOULE NOUS SOUTENONS LES JOURNAUX ET JOURNALISTES AYANT PUBLIÉ CES CARICATURES Nous conclurons en rappelant l'attachement tout particulier d'A.Q.I.T à la pluralité des points de vue politiques, idéologiques et religieux. Nous nous engageons à dénoncer toute pression du même ordre qui serait faite à l'avenir envers la liberté de la presse par des groupes de pression, qu'ils soient économiques, idéologiques ou religieux. Cette affaire pourrait aussi agir comme un catalyseur, et entraîner un débat public plutôt que des actions en justice ou des menaces. De par notre attachement aux points de vue contradictoires et à l'information pluraliste des citoyens, nous pensons que les instances représentatives de l'islam devraient avoir un droit de réponse dans les médias qui ont publié ces caricatures. Ainsi, elles seraient invitées à s'inscrire dans le débat pluraliste, et à combattre les préjugés envers l'islam. Le Bureau d'A.Q.I.T Source : (1) Libération du 3 février Thomas Zlowodzki
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